De l’air vite !

le 4 avril 2013

On n’a sans doute pas fini de ressentir les secousses dévastatrices de l’onde de choc provoquée par l’ignoble attitude de M. Cahuzac. Survenant dans un climat général de putréfaction de la vie publique, où s’entremêlent dans de graves soupçons, les noms de Mrs. Strauss-Kahn, Sarkozy, Tapie, Woerth, Guérini, de Mmes Bettencourt, Lagarde, et d’autres encore, l’action politique est minée par un discrédit rampant dont il devient urgent de tirer toutes les conséquences. Le dégoût gagne nos concitoyens. Notre République a besoin d’un grand nettoyage.

Voici qu’un ministre chargé de traquer les délinquants fiscaux était lui-même un hyper-fraudeur ! Se réclamer des valeurs de la gauche et ouvrir un ou des comptes dans des paradis fiscaux révèle déjà une moralité politique plus que douteuse. Mais, accepter d’avoir été nommé par la droite, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, puis par F. Hollande, ministre du budget, relève de l’injure faite à la Nation. Et qui peut certifier aujourd’hui que les premiers aveux aux juges ne dissimulent rien d’autre d’encore plus grave ? D’où lui vient tout cet argent ? Au-delà de la morale et de l’honnêteté d’un individu, c’est bien le système de l’argent-roi, érigé en table de la loi de la réussite, de la compétitivité ou de la concurrence qui permet l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, les spéculations en tout genre. Le capitalisme corrompt les décideurs pour mieux se mettre à l’abri des foudres des peuples qui n’en peuvent plus de subir l’austérité, le chômage et la pauvreté qui galope en silence. Et des décideurs pour qui, comme M. Cahuzac, la lutte des classes n’existe pas, se laissent corrompre.

En ce sens, la politique politicienne qui se développe depuis plusieurs heures sur les écrans de télévision et le chahut parlementaire hier, sont une offense au monde du travail, des retraités et de la création, dont le quotidien n’est fait que de souffrances sociales.

Les mêmes bretteurs au portefeuille bien garni, chassent ensemble et en meute les petites retraites, les allocations familiales, les hausses de TVA, sacrifient les services publics et veulent imposer, en ce moment même, une loi étouffée par cette affaire, qui offrirait le choix entre la baisse de son salaire et un emploi précaire. Toutes les élites qui ravalent désormais toute contestation au rang de populisme, mesurent-elles bien ce qu’elles sont en train de produire ? La crise économique et sociale se double d’une grave crise de confiance. Et, dés lors que la vie publique est minée par les affaires, doublées de mensonges et de tricheries, auxquels s’ajoutent le non respect des engagements pris durant les élections, une concentration inouïe des pouvoirs au sommet de l’Etat, un Parlement croupion, contraint d’obéir aux ordres des institutions européennes, nous nous approchons d’une crise de régime. Quand les mots prononcés par les responsables politiques perdent toute valeur, seuls les actes politiques forts comptent. A commencer par la confiance qui ne pourrait renaître que de la transparence. F. Hollande n’a rien annoncé hier de bien significatif. C’est une régénération de la démocratie qui est à l’ordre du jour. Plus la politique s’éloigne de nos concitoyens, plus ils la repoussent. Dès lors, les puissances d’argent dominent et mènent une politique contre celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre. Il est plus qu’urgent de se réapproprier la chose publique et de changer de République.


4 commentaires


halary 4 avril 2013 à 17 h 38 min

En marge de cette analyse, un trait d’humour noir : Suggerer à M. Cahuzac de faire un don de 600000 € aux restos du coeur ?

Anonyme 5 avril 2013 à 1 h 19 min

Quelle serait la réaction de feu Coluche, le créateur des restos pour venir en aide de ceux et celles dont le besoin pouvait se faire sentir, s’il était encore vivant? Ni Bettencourt, ni Tapis, ni même l’ancien président Sarkozy ou encore certains de ses anciens ministres, Woerth voire Mme. Bachelot, n’ont pensé aux nécessiteux mais plutôt à leur portefeuille, à leurs comptes dans le pays et à l’étranger.Dans un pays aussi grand, aussi important dans le monde, il ne devait y avoir ce genre de scandales qui ne font que noircir son image de marque aux yeux du monde entier. Ils doivent savoir que les yeux sont sans cesse en alerte à tout ce qui se passe en France.

Pierre Boudet 7 avril 2013 à 17 h 20 min

Cher Patrick, ton article pointe avec pertinence la déliquescence du système capitaliste, si cet individu a pu exporter des capitaux, c’est bien parce que c’est la nature intrinsèque du système, tous nos grands entrepreneurs, les banques, les stars du show biz et du sport pro, à l’exception de certains, sont des adeptes de ce sport, quand à la moraliste du f haine, il est bien connu que l’héritage des ciments Lambert a été exporté en Suisse, il serait fort souhaitable que les journalistes de médiapart et d’autres spécialistes d’enquêtes d’investigation plongent leurs curiosité dans l’origine des fonds de la danseuse du bal des nazis de Vienne, je suis persuadé que des découvertes intéressantes sont à faire, si tu le connais pourrais tu en toucher deux mots à E Plenel

Christian de B 8 avril 2013 à 10 h 08 min

600000€ ou bien plus pour se faire “pardonner” de la misère à laquelle il a bien participé. Mais au fait ce monsieur menteur et méprisant, déclare à l’ISF et a été choisi comme ministre dit de cette gauche. N’y a-t-il pas comme une erreur de classe pour le peuple? Du balai, du balai, du balai..

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